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Compensation carbone volontaire

22/06/2022

Compensation carbone volontaire : quelle stratégie pour une industrie ?

 

La compensation carbone volontaire est une démarche dans laquelle s’engagent de plus en plus d’industries. Cela consiste à compenser ses émissions de gaz à effet de serre (GES), en évitant d’émettre ou en séquestrant du CO2, pour tendre vers la neutralité carbone. Quelles sont les obligations des entreprises en la matière ? Comment mettre en place la compensation carbone dans son entreprise ? Quelle stratégie adopter ? Carbonloop fait le point.  

 

Quotas carbone et compensation volontaire : quelles différences ? 

 

Avant d’entrer dans le vif du sujet, il convient de bien comprendre la différence entre les quotas carbone, appelés aussi « systèmes d’échange de quotas d’émissions » (SEQE, EU ETS en anglais) sur le marché européen du carbone et le principe de compensation carbone volontaire. 

 

Le marché européen du carbone 

 

Mis en place en 2005, suite au protocole de Kyoto, le marché européen du carbone est un instrument de lutte contre le réchauffement climatique. Il fonctionne selon le principe du « pollueur payeur » : les industries de certains secteurs (sidérurgie, production d’énergie, raffinage, chimie, etc.) se voient attribuer chaque année un certain nombre de quotas carbone gratuits (un quota étant égal à 1 tonne de CO2 équivalent que l’usine a le droit d’émettre). Il s’agit d’une obligation. Selon le principe de “cap and trade”, ces quotas les empêchent de dépasser un certain plafond d’émissions de gaz à effet de serre sous risque de sanctions financières. Chaque année, le nombre de quotas gratuits diminue. Pour ne pas dépasser ce seuil, elles peuvent notamment acheter le surplus dont elles ont besoin sur le marché des quotas. Ce marché étant soumis à la loi de l’offre et de la demande, le prix des quotas carbone varie sous l’influence de nombreux facteurs. Ainsi, alors que la tonne de carbone coûtait moins de 3 € en 2013, le prix du quota de CO2 est monté à 97€ en février 2022.

 

La compensation carbone volontaire 

 

À l’inverse, la compensation carbone volontaire, comme son nom l’indique, est issue de la volonté propre de l’entreprise. Même si les entreprises font face à une pression croissante des acteurs de leur écosystème (investisseurs, clients, partenaires, législateurs, ONGs, etc.) pour définir une stratégie climat, la compensation carbone volontaire est, par définition, “volontaire” et n’est donc pas obligatoire. Pour tendre vers la neutralité carbone, les entreprises financent des projets d’évitement de GES ou de séquestration de CO2, donnant lieu à l’émission d’un « certificat » ou d’un « crédit » carbone (si le projet est labellisé) par tonne de CO2 évitée ou séquestrée. Ces documents peuvent ensuite être valorisés dans la comptabilité carbone de l’entreprise. C’est un moyen de s’engager dans la transition écologique et de répondre à des objectifs RSE (Responsabilité sociale d’entreprise). 

 

De cette manière, l’entreprise peut améliorer son image de marque et sa réputation. En outre, elle peut aussi anticiper des enjeux réglementaires. En effet, on peut penser que le cadre légal évoluera d’ici quelques années et engagera de plus en plus les acteurs économiques dans le chemin de la neutralité carbone. 

 

Compensation carbone volontaire en industrie, comment la mettre en place ? 

 

Dans une logique de décarbonation industrielle, qu’elles soient soumises ou non aux quotas carbone, de nombreux industriels aspirent à atteindre le « net zéro ». 

 

Cependant, pour mettre en place une politique de compensation carbone volontaire dans son entreprise, il convient de respecter certaines étapes. Quelles sont-elles ? 

 

1. Établir un bilan carbone 

 

Afin de pouvoir compenser ses émissions, il faut s’en faire une idée. Pour cela, il convient de procéder à un bilan carbone. Cet audit permet de chiffrer toutes les émissions de GES d’une entreprise et de les ramener en « équivalent CO2 ». Ce faisant, on dispose d’un point de départ pour tendre vers le « Net Zéro ». 

 

2. Réduire les émissions de CO2 de l’industrie 

 

Une fois son bilan carbone établi, l’entreprise doit chercher à réduire ses émissions de GES. En effet, comme le rappelle le Cerema “Avant toute action de compensation, il est bien entendu recommandé d’éviter et réduire ses propres émissions, selon le principe de séquencement « éviter-réduire-compenser »”. Pour réduire ses émissions, l’entreprise est censée se focaliser sur ses aires d’émissions principales et agir pour les atténuer en priorité. Elle peut par exemple renforcer l’isolation de ses locaux, améliorer ses process, choisir de produire de l’énergie localement à l’aide de panneaux solaires, etc. 

 

3. Compenser ses émissions de carbone 

 

En parallèle, l’entreprise peut décider de compenser le reste des émissions incompressibles dites « résiduelles » en achetant des certificats ou des crédits carbone. Ils peuvent s’acquérir sur un marché spécialisé. Ces documents attestent qu’une tonne de CO2 a été évitée ou séquestrée par une action. 

 

La séquestration peut passer par des actions de reforestation ou de préservation des mangroves et océans ou encore de création de puits de carbone, par la production de biochar, par exemple. Ces projets peuvent se situer partout dans le monde. À ce titre, la compensation carbone volontaire est parfois vue comme une solution de facilité par les consommateurs. En effet, certains acteurs lui reprochent de permettre aux acteurs économiques de contrebalancer leurs émissions en finançant des projets à l’autre bout du monde, sans avoir à réellement chercher comment minorer leur empreinte carbone. Des labels comme le Label bas-carbone, Gold Standard ou Verra permettent de mettre en avant les crédits de qualité. 

 

En fonction des projets financés, le prix des crédits carbone varie. En moyenne, ils sont vendus entre 2 € et 900 €. De plus en plus d’industries et d’entreprises s’intéressent à la compensation carbone volontaire. Selon McKinsey, la demande en crédits carbone volontaires devrait exploser dans les années à venir. Elle pourrait être multipliée par 15 d’ici 2030 et par 100 d’ici 2050. 

 

Opter pour des certificats carbone locaux

 

Afin de mettre en place une stratégie de décarbonation de l’industrie efficace, les industries doivent s’assurer de la qualité du projet soutenu. Pour mesurer la qualité d’un projet, il faut prendre en compte plusieurs critères : 

 

  • l’additionnalité : l’initiative est financée par la vente de crédits carbone et n’aurait pas pu exister sans (additionnalité financière). La réduction ou la séquestration du carbone n’aurait pas eu lieu sans la mise en place du projet (additionnalité environnementale). 
  • la permanence : le projet doit être pérenne dans le temps pour avoir des effets sur le long terme ; 
  • la vérifiabilité, le projet doit être en mesure de prouver que la séquestration du carbone est effective. 
  • la mesurabilité. La réduction de GES doit être quantifiable et le nombre de crédit carbones obtenus ne doit pouvoir être comptabilisé qu’une seule fois ; 
  • la création de co-bénéfices. Le projet est porteur d’externalités positives sur le territoire dans lequel il est réalisé. 

 

En choisissant d’investir dans des programmes locaux de compensation carbone, l’industrie a plus de facilité à s’assurer de la qualité du projet. La proximité géographique peut lui permettre de se rendre compte des actions menées et des bénéfices environnementaux, économiques et sociaux qui en découlent. 

 

Financer des projets locaux 

 

Afin d’engager une démarche de compensation carbone locale, une entreprise peut chercher les projets à financer sur son territoire. Il faut alors prêter une grande attention à la labellisation du projet en question. A titre d’exemple, vous pouvez vous fier au label bas-carbone du Ministère de la Transition écologique. Il recense un certain nombre de projets en France et peut permettre de trouver une initiative proche de son industrie. A l’échelle régionale, la Coopérative Carbone à La Rochelle est un exemple d’organisme qui recense et promeut des projets de compensation carbone environnants. 

 

Compenser les émissions de CO2 sur site

 

En France, l’offre de projets de compensation carbone volontaire à financer est inférieure à la demande. Pour s’engager au niveau local, les groupes industriels peuvent aussi faire le choix de compenser directement leurs rejets de CO2 sur leur site. Ils peuvent s’investir localement en faveur de la neutralité carbone. Ce faisant, ils disposent d’une meilleure visibilité sur la qualité du projet. Ils peuvent en mesurer les retombées économiques et sociales pour le territoire. 

 

Pour les orienter, ils peuvent faire appel à un acteur comme Carbonloop. Pour aider les industries à s’engager dans la voie du « Net Zéro »,  Carbonloop leur offre une alternative aux énergies fossiles en installant une unité de pyrolyse de biomasse sur le site de l’usine. Cette dernière chauffe des résidus de biomasse à haute température et ce faisant, permet de produire ~1850 MWh par an d’électricité et ~1850 MWh par an de chaleur renouvelables ou  ~110 tonnes d’hydrogène vert par an, selon la configuration choisie par l’industriel chez qui le module est installé.

 

Dans le même temps, la pyrolyse de la biomasse induit la création d’un résidu solide, le biochar. Ce charbon végétal est un puits de carbone puissant permettant de générer des crédits carbone pour l’industriel. Le biochar est considéré comme une « Negative Emission Technology » (NET) par le GIEC. Les NET interviennent lors du cycle du carbone pour séquestrer de manière permanente une part du CO2 contenu dans l’atmosphère et sont clés pour l’atteinte du Net Zéro sur une trajectoire 1.5°C. Le biochar est aussi un produit aux multiples vertus reconnues, avec 55 usages documentés. On peut s’en servir pour amender les sols agricoles, par exemple. 

 

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